Un chien en forme marche plus longtemps que la plupart des humains, et c’est exactement ce qui rend la randonnée avec un chien piégeuse : il ne dira pas qu’il a mal avant d’avoir vraiment mal. Le reste tient à trois choses qu’on prépare à la maison — la distance, l’eau, les pattes — et à une décision qui se prend sur le sentier : rentrer plus tôt.
Avant la première vraie sortie
Un chien qui fait une heure de parc par jour ne fait pas quinze kilomètres de dénivelé le dimanche suivant, et trois points se règlent avant de commencer : l’âge, les articulations et le souffle.
Un chiot dont la croissance n’est pas terminée, un chien âgé, un chien en surpoids, un museau court, un chien qui a déjà eu un souci articulaire ou cardiaque : demandez à votre vétérinaire jusqu’où vous pouvez aller et à quel rythme, avant la première longue sortie et pas après. C’est aussi le moment de vérifier l’identification et de demander ce qui est recommandé chez vous contre les tiques.
Monter en distance
Comptez en heures, pas en kilomètres : deux heures de sous-bois plat fatiguent moins que quarante minutes de caillasse en montée. Le principe qui marche, c’est une sortie un peu plus longue par semaine, une seule : vous ajoutez de la durée, ou du dénivelé, ou du terrain technique, jamais les trois le même jour.
Le vrai test n’a pas lieu pendant la marche, il a lieu le lendemain matin. Un chien qui se lève raide ou qui dort toute la journée en a trop fait la veille ; un chien qui réclame la porte a de la marge.
Prévoyez les pauses avant qu’il en ait besoin : cinq minutes à l’ombre toutes les heures, plus souvent quand il fait chaud ou que ça grimpe.
L’eau : combien, à quel rythme
Proposez de l’eau toutes les vingt à trente minutes, avant qu’il ait l’air d’en vouloir, par petites quantités plutôt qu’un demi-litre d’un coup à l’arrivée. Un chien qui halète fort boit mal : laissez-le souffler une minute à l’ombre.
Pour faire le sac, une règle qui rend service : un demi-litre par tranche de dix kilos de chien pour une demi-journée de marche par temps frais, et le double dès qu’il fait chaud ou que le terrain monte. Ce n’est pas une science : c’est la quantité qui évite de rationner à mi-parcours. Ajoutez la vôtre par-dessus, parce que le partage de gourde finit toujours mal pour l’humain.
Ne comptez pas sur les points d’eau du parcours : les ruisseaux d’été s’assèchent, et l’eau stagnante ou verdâtre n’est pas une bonne idée pour un chien. S’il en a bu et que quelque chose vous inquiète ensuite, appelez votre vétérinaire plutôt que de chercher une réponse en ligne. Emportez aussi une gamelle pliable ou une gourde à réservoir : un chien boit très mal dans une main en creux.
Les coussinets : avant, pendant, après
Avant de partir, regardez sous les quatre pattes. Un coussinet fendu ou déjà sensible ne s’arrange pas sur dix kilomètres de granite.
Pendant, la caillasse, le sable chaud, la neige croûtée et le sel de déneigement usent vite. Un chien qui se lèche les pattes aux pauses, qui ralentit sans raison ou qui s’assoit dès qu’on s’arrête vous dit quelque chose. Pour la température du sol, il y a le test du dos de la main : posez-la cinq secondes sur la roche ou le bitume ; si vous ne tenez pas, lui non plus ne devrait pas marcher dessus.
Après, rincez, séchez, et passez les doigts entre les coussinets. C’est là que se logent les épillets, ces épis de graminées secs de mai à août qui s’enfoncent et ne ressortent pas seuls. Un épillet coincé entre deux doigts de patte, un boitement qui apparaît le soir même, une zone gonflée et chaude : c’est une visite chez le vétérinaire, pas une pince à épiler sur la table du salon.
Les bottines dépannent sur la neige et la caillasse, à condition de les faire porter dix minutes à la maison d’abord : un chien qui les découvre à 1 400 m d’altitude ne marchera plus.
La chaleur, le froid, le terrain
Un chien évacue la chaleur en haletant, presque pas par la peau : il chauffe plus vite que vous, surtout s’il est sombre, très fourni, âgé ou à museau court.
Par temps chaud : partez tôt, rentrez avant midi, choisissez le versant à l’ombre et l’itinéraire qui longe l’eau. Un chien qui halète toujours autant après cinq minutes d’arrêt à l’ombre, qui titube, qui a les gencives très rouges ou qui vomit s’arrête là. Ombre, eau fraîche — pas glacée — sur le ventre, l’intérieur des cuisses et les pattes, et vous appelez un vétérinaire pendant que quelqu’un d’autre le rafraîchit. On ne termine pas la boucle parce qu’il ne restait que vingt minutes.
Par temps froid, l’inverse : les chiens à poil ras et les petits gabarits perdent leur chaleur à l’arrêt, pas en marchant. Le manteau se met pendant la pause, pas au départ. Après une sortie sur route salée, rincez les pattes à l’eau tiède.
Sur le terrain, deux règles. Les échelles, les câbles, les passages en grille métallique et les pierriers vifs ne sont pas des terrains pour un chien, quelle que soit sa forme. Et si vous croisez un troupeau gardé, tenez votre chien en laisse courte, contournez large et calmement, sans courir : le chien de protection fait son travail, il ne négocie pas.
Ce qu’on met dans le sac
- De l’eau pour lui, plus une gamelle pliable ou une gourde à réservoir.
- Un harnais avec poignée dorsale : elle sert au tronc couché en travers du sentier, au ruisseau et à la barrière de pâture.
- Une laisse, plus un mousqueton ou une sangle de rechange.
- Un tire-tique, du sérum physiologique, une bande auto-adhésive et une compresse.
- Des sacs à déjections, y compris en pleine forêt.
- Une lampe ou une bande réfléchissante si le retour peut se faire à la tombée du jour.
- Le numéro de puce du chien et celui d’un vétérinaire ouvert le dimanche, notés ailleurs que dans votre tête.
Un fermoir de laisse qui casse à quatre kilomètres de la voiture, ça n’arrive qu’une fois : ensuite, le mousqueton de rechange dort dans la poche du sac pour toujours. Cette liste ne remplace ni une trousse de soins ni un avis vétérinaire.
Quand faire demi-tour
Les signaux qui n’attendent pas :
- Il marche derrière vous alors qu’il ouvrait la route.
- Il ne renifle plus.
- Il boite, même légèrement, même une seule fois.
- Il cherche l’ombre à chaque arrêt et met du temps à repartir.
- Il vous reste la moitié de l’eau et plus de la moitié du chemin.
Un chien vous suivra bien au-delà de ce qui lui réussit ; c’est la meilleure et la pire de ses qualités. Le demi-tour est la seule décision de la journée que personne ne regrette une fois au parking.
Après la sortie
De l’eau, de l’ombre, un vrai repos. Puis vérifiez les pattes, l’aisselle et l’aine — les zones de frottement de sangle —, les oreilles et le ventre pour les tiques : c’est le meilleur moment pour trouver ce qui n’allait pas. Un chien qui boite le lendemain, qui refuse de poser une patte, qui a une zone chaude et gonflée ou qui mange mal : vétérinaire, sans attendre le week-end suivant.
Et la première fois, il dormira sans doute douze heures et vous regardera de travers quand vous ressortirez le sac. Puis il ira le chercher lui-même le dimanche d’après. On a vu les deux.
Le harnais à poignée, la laisse et la gourde sont dans Rando, trail & boue ; pour le retour au trottoir, c’est En ville, en laisse. Avant de commander quoi que ce soit qui se porte, cinq minutes de mètre ruban et le guide des tailles — la mauvaise taille arrive, et vous avez 14 jours pour la renvoyer.